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lundi, 31 mars 2008

Liberté. Egalité. Fraternité.

         J'y étais ! 

         En bon supporter du Racing Club de Lens, j'étais à Saint Denis samedi soir. Quand il y a trois semaines mon père m'a proposé de prendre part au déplacement organisé par un de ses très bon amis, je n'ai pas hésité une seconde. Et me voilà, samedi 29 mars 2008, 15h, embarquant dans le bus qui devait nous emmener vers ce lieu mythique du football français qu'est le stade de France. Plein d'espoir pour le Racing, qui avait l'occasion, et les moyens de remporter un trophée  qui aurait sauvé cette saison complètement ratée. J'avais en tout cas bien l'intention de prendre part activement à l'évènement. Malheureusement, la fête ne s'est pas achevée comme prévu. On pourra polémiquer sur l'issue sportive de cette rencontre, mais les erreurs d'arbitrage ont toujours existé, et tant que les instances dirigeantes du football ne voudront pas se moderniser, il en existera toujours. Le rugby a su tirer parti de la vidéo pour juger les phases de jeu délicates. Les courses à pied sont jugées à la photo finish au millième de seconde. Les exemples ne manquent pas. Il existe aujourd'hui des technologies qui, appliquées au football, pourraient permettre d'aider les arbitres dans leur tâche et donner la certitude qu'un ballon est bien entré dans un but, qu'un joueur était bien hors jeu au départ de l'action, qu'une faute a bien été commise dans la surface de réparation. Les erreurs d'arbitrages ont toujours existé. Mais celle ci, en prenant part activement à l'issue de la rencontre, est simplement bien plus difficile à accepter. L'arbitre de la rencontre monsieur Duhamel saura faire son autocritique. Mais ce n'est pas là le sujet de ce post.

        Liberté

        Je n’ai pas vu ce qu’il s’est passé pendant le match. Nous étions installés assez haut dans la tribune, si bien que le niveau de gradin supérieur nous cachait les écrans géants et les banderoles du public parisiens. Ce n’est que le lendemain que j’ai lu dans la presse cette phrase devenue tristement célèbre aujourd’hui : «  Pédophile, Chômeur, Consanguin : Bienvenue chez les ch’tis ». Je suis bien de ceux qui reprennent les paroles de Desproges « On peut rire de tout … » mais n’oublions pas la fin de cette citation : « … mais pas avec n’importe qui. » Dire que je suis choqué par cette banderole est un euphémisme. Et si encore je n’étais que choqué. Mais je me sens blessé et humilié. Que l’on ne vienne pas me parler d’humour au second degré. Il n’y a pas d’humour dans ce slogan. Ces mots ne sont là que pour blesser et provoquer. Des français se sont battus pour faire valoir leur liberté d’expression et leurs droits, et voilà ce qu’on en fait aujourd’hui. C’est toute une région qui est concernée par ces propos mais pas seulement. Depuis quand insulte-t-on les gens en les traitant de chômeurs ? Vous rendez vous compte que le terme chômeur est devenu ici une insulte? Le chômage est une réalité pour trois millions de personnes, et ces personnes n’ont surement pas envie d’en rire. Et que dire des autres termes employés alors que vient de s’ouvrir le procès des époux Fourniret et que l’on sort à peine de l’affaire d’Outreaux.

      J’ai également lu la semaine dernière que les supporters Lensois ne feraient pas de banderole spécifique pour l’évènement car les autorités et l’organisation du Stade de France n’autorisent les banderoles que si elles étaient réalisées dans une matière spéciale, résistante au feu pour des raisons évidentes de sécurité. Alors moi je veux bien, mais sur les images télévisées, cette banderole semblait faire toute la largeur du terrain (50m). Comment a-t-elle pu être entrée dans l’enceinte du stade aux yeux et à la barbe des agents de sécurité ? Complicité ? Morcellement de la banderole ? Je n’ai pas la réponse non plus à cette question.

        Egalité

        Nous avons appris la semaine dernière la sanction retenue à l’encontre du Football Club de Metz dans ce que l’on appelle déjà l’affaire Ouadou. Un point de pénalité dans le classement de la ligue 1 pour le club. Alors me direz-vous, quelle sanction faut-il donner au Paris Saint Germain suite à cette banderole ? La ligue n’a pas le choix. Si elle veut rester cohérente, et surtout crédible, elle doit sanctionner le PSG pour les agissements de ses supporters. Si le FC Metz est sanctionné pour les propos tenus par un unique supporter, que faut-il faire quand une tribune insulte et dénigre toute une région de France ? Bien sûr Monsieur Aulas (président de l’Olympique Lyonnais) cite les textes de la ligue en disant que c’est l’organisateur qui doit être puni, en l’occurrence la ligue elle-même, mais ne nous leurrons pas. La ligue n’y est pour rien. C’est le Paris Saint Germain qui est responsable. Les problèmes avec ses supporters ne datent pas de samedi soir. Est-ce que l’inconscient collectif a déjà oublié les bus et les trains saccagés lors des déplacements? Et les affrontements l’année dernière qui ont provoqué la mort d’un jeune supporter ? Le PSG ne fait rien pour endiguer les débordements de ses supporters les plus virulents et ils doivent à présent payer les pots cassés. On a les supporters qu’on mérite et le Paris Saint Germain est venu au stade de France avec eux. La ligue n’y peut rien.

      Mais il subsiste un autre problème de taille. Si on peut sanctionner le FC Metz très courageusement, est ce que la ligue va oser sanctionner Paris? On ne compte plus les messages sur internet et les articles dans la presse qui affirment haut et fort que le PSG ne doit pas descendre en seconde division. Que ce serait terrible pour le football français. Mais quelle est cette espèce d’impunité dont bénéficie le PSG ? Pourquoi le PSG ne devrait il pas descendre en seconde division si ses résultats ne sont pas à la hauteur? Le PSG est un club de football comme les autres, et les règlements s’appliquent au PSG comme à tous les autres clubs de l’élite. Mais quand on y réfléchit bien, où se trouvent les rédactions de France télévision, de TF1, de canal? Et celles de l’équipe, de France Football, du Parisien, du Monde ? Et les studios des radios nationales RTL, Europe 1, France Inter? Où sont-ils donc tous implantés? A Paris. Voilà probablement une des raisons de ce « favoritisme » pro-PSG. Cela fait bien longtemps que l’objectivité et l’impartialité n’existe plus dans les médias. Et même sans aimer le football, lors d’une finale de coupe du monde, on supporte la France quand même. Alors dans les rédactions, c’est pareil.

        Cette banderole est un acte de xénophobie (du grec Xenos : étranger et phobos : peur) et la ligue avait placé ce match sous le signe de leur campagne « tous unis contre le racisme ». Il est inimaginable qu’il y ait deux poids deux mesures. Le PSG doit être sanctionné. Et je ne parle pas ici d’amende financière. Surtout pas. Ou alors pas seulement. Le PSG doit être sanctionné sportivement tout comme l’a été le FC Metz. Alors que faire? Disqualifier le PSG? Donner la victoire à Lens sur tapis vert ? Rejouer le match ? Je n’ai pas la réponse. Mais il y faudra bien un jour ou l’autre mener un débat de fond pour éradiquer ce genre de comportement des stades français et européens. L’Angleterre qui était à une époque tristement célèbre pour ses faits de hooliganisme a su faire le ménage dans ses stades. Il y a l’équivalent de 3 000 personnes qui sont interdites de stade au royaume de sa majesté. Seulement 80 personnes pour toute la France.

        Aujourd’hui, vous pourrez lire partout que Monsieur Cayzac (président du PSG) présente ses excuses à tous les ch’tis et qu’il va porter plainte pour identifier et punir les auteurs de ce message. J’ai envie de dire heureusement qu’il fait cette démarche, mais qu’il n’essaie pas de cette façon d’échapper à une sanction sportive qui est inévitable et qui devra être exemplaire. Punir le PSG, c’est punir ses supporters en les privant de quelques matchs ou en les privant d’une coupe d’Europe l’année prochaine.

        Fraternité

        Samedi soir, c'était mon premier déplacement. J'ai usé les sièges du stade Félix Bollaert étant plus jeune, mais c'était là mon premier déplacement en bus, avec d'autres supporters. A 33 ans, j'avais les yeux brillants et le cœur qui battait dans ma poitrine tant j'étais excité par l'évènement. Les chants entonnés dans le bus donnaient un avant goût de ce que serait la soirée. J'ai fait la connaissance de Momo, d'origine algérienne et chef d'entreprise dans la région lensoise. J'ai également rencontré Dino, le patron de bistro italien de Méricourt. Et Philippe avec son nom flamand qui bosse dans la carrosserie. Sans oublier tous les représentants de la communauté polonaise de l'ancien bassin minier. Tous différents, et pourtant tous pareils. Prêts à passer une bonne soirée. Tous grimés et aux couleurs de notre club fétiche. Arrivé au stade de France, J'étais comme un gosse le matin de noël. J'avais en tête les images de Zidane soulevant la coupe du monde en 98. Les yeux levés vers l'imposante bâtisse, j'étais émerveillé. Quel stade magnifique ! Et une fois à l'intérieur .... Quatre vingt mille places ! Deux stades Bollaert ! J’étais écrasé par l'immensité du lieu, étourdi par les lumières et les clameurs de la foule. Un vrai bonheur. Je me suis alors revu le matin même, expliquer à ma plus grande fille qui aura bientôt trois ans, que j'allais voir un match de football au stade. Avec sa naïveté de petite fille, elle me questionne souvent quand je rentre le lundi de mon heure hebdomadaire de sport avec les collègues : "Papa, tu as été jouer au football ?" ou encore quand je regarde un match à la télé : "Papa, c'est comme ça que tu fais avec tes copains ? Tu joues au ballon avec les pieds ?". Elle a bientôt trois ans, et samedi avant de prendre le bus, je lui ai promis de l'emmener bientôt voir un match au stade. Je voudrai lui faire partager cette franche camaraderie, cette ambiance de folie quand un but est marqué, cette joie populaire qui entoure le sport. Mais dimanche matin, en ouvrant le journal et apprenant ce qu’il s’est passé, je me suis posé des tonnes de questions. A l’âge où je m’évertue avec mon épouse à lui apprendre qu’il ne faut pas être méchant avec ses camarades d’école, qu’il ne faut pas taper les autres. Alors que je lui apprend à dire « s’il te plait », « merci », « bonjour » et « au revoir », qu’est ce que je pourrais bien lui dire si elle voyait ce genre de comportement ? Comment expliquer à un enfant pourquoi des gens qui viennent voir un match de football s’insultent et se battent ? Elle est persuadée que je joue au football pour m’amuser avec mes copains. Elle me demande si je suis content quand je rentre des matchs. Et je veux qu’elle garde cette image. Alors je choisirai soigneusement la rencontre, mais j’emmènerai un jour ma fille voir un match à Lens, car c’est encore un des derniers stades en France où l’on peut aller avec ses enfants sans craintes. Pour me remonter le moral, nous avons fait une petite séance de photo sur lesquelles les petites ont endossé la tenue du parfait supporter. Cela m’a conforté dans l’idée que ce genre d’évènement n’est le fait que d’une minorité, et qu’il faut continuer de croire que le sport reste un divertissement pour les spectateurs et non pas un motif et un vecteur de haine.

        Voici enfin le communiqué officiel de la LFP sur ce cas précis. Espérons que celui ci ne reste pas lettre morte :

        « Ce qui devait être une grande fête du football, de la fraternité et de l'union contre le racisme et toutes les discriminations, a été en partie gâché par une poignée d'imbéciles remplis de haine, et ceci malgré les mesures de sécurité prises et la rapidité de notre intervention immédiatement après. La fermeté de la réaction de la Ligue sera à la hauteur de l'atteinte portée à l'image de notre football. Sur le plan disciplinaire d'abord. La commission de discipline a été saisie par le rapport du délégué du match dont j'ai pris connaissance et, croyez-moi, la sévérité dont a fait preuve la Ligue dans ce domaine vaudra pour tout le monde. Sur le plan judiciaire, la Ligue va porter plainte avec constitution de partie civile pour incitation à la haine et à la violence. Le Paris-Saint-Germain et Lens s'associeront à cette plainte. J'ai espoir qu'avec la vidéosurveillance d'une part et la billetterie nominative d'autre part, la police sera en mesure d'identifier les auteurs, de les appréhender et de les livrer à la justice. J'aimerais m'adresser aux pouvoirs publics et leur demander de faire preuve de la même fermeté que la notre à la Ligue en appliquant avec la plus grande sévérité les lois de la République. Je veux parler de la loi sur l'interdiction des stades à titre préventif. Je veux m'adresser enfin et surtout au public lensois et à nos amis de la région Nord-Pas-de-Calais. Vous avez le cœur gros, moi aussi. Aujourd'hui, nous sommes tous des Ch'tis mais je vous le demande, amis, ne confondez pas la frustration compréhensible liée à la défaite et aux aléas du jeu avec la colère légitime que suscite cette banderole lamentable. »

 B²

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